Présentation d’Enical Group et de ses Différentes Filiales par Laciné Diaby

Laciné Diaby nous parle des différentes activités d’Enical Group, une holding basée aux Emirats Arabes Unis, et qui assure le management et l’allocation des ressources pour ses différentes filiales en Afrique, à savoir Enical Technologies, Enical Consulting et Enical Immobilier.

Interview avec Laciné Diaby, Président d’Enical Group

Laciné Diaby, Président d’Enical Group

Quelles sont les grandes tendances du secteur et comment se présentent les marchés ivoirien et africain ?

Avant de parler du marché, je voudrais parler de Neotech. En 2010, lorsque j’ai décidé de créer Neotech, il y avait un réel besoin. En effet, les dirigeants d’entreprises prenaient des décisions sans s’appuyer sur des chiffres et faits concrets mais sur l’intuition. Ils interrogeaient rarement les données. C’est dans cette optique que nous avons créé une solution de business intelligence, autrement dit une solution d’analyse décisionnelle qui permet d’adresser les données des entreprises, de les organiser et de les restituer sous forme d’informations pertinentes. Ces informations permettent aux chefs d’entreprises de prendre des décisions éclairées. Ce marché pouvait donc s’adresser non seulement à la Côte d’Ivoire, mais aussi à l’Afrique. De Neotech, nous sommes passés à Enical Group. Enical Group, à travers Enical Technologies, a repris les activités de Neotech, dont les produits, les solutions d’analyses décisionnelles avec clé et les SAP. Nous avons alors compris que les entreprises avaient besoin d’être accompagnées par rapport à des besoins spécifiques. Ces solutions sont le business intelligence, le développement spécifique et la mobilité. La mobilité est un marché extrêmement important. Que ce soit aussi bien au niveau de la téléphonie mobile qu’au niveau de l’internet. On investit énormément dans le développement de solutions sur la mobilité, donc le big data. Je suis souvent mal à l’aise quand je parle à des dirigeants d’entreprises qui ne savent rien du big data. Récemment, j’ai donné une conférence sur le big data à des directeurs financiers. Nous avons échangé sur le fait qu’ils pouvaient profiter du big data pour améliorer la rentabilité de leurs entreprises. Et, ils l’ont compris. Nous investissons dans ce sens. Le marché se résume aujourd’hui en trois termes : mobilité, big data et sécurité. Quand vous êtes mobiles et que vous utilisez le big data, vous vous exposez. Il faut donc avoir des solutions qui puissent sécuriser les données et les personnes qui travaillent pour l’entreprise. C’est ainsi que nous avons créé une solution qu’on appelle matrice. Elle permet d’être vu partout. Par exemple en tant que dirigeant d’entreprise, si je suis en Chine, mon assistante sait exactement où je suis par mes coordonnées GPS. En plus de cela, on peut échanger comme en étant au bureau. Il suffit qu’elle compose mon numéro de bureau pour me joindre. Tous les autres collaborateurs peuvent aussi m’appeler. Et, lorsque je suis agressé, mon assistante le sait automatiquement. C’est donc pour cela que nous avons décidé d’investir énormément dans la sécurisation des données et la sécurité des personnes. Nous avons une équipe de huit personnes qui travaillent sur le développement des solutions de sécurité et d’autres solutions.

Qu’allez-vous inventer de nouveau puisque les solutions de sécurité existent déjà ?

Il faut que les entreprises ivoiriennes commencent à s’exporter aussi dans d’autres pays africains. Il faut qu’Enical Group soit un groupe incontournable en Afrique. Nous voulons être présents sur tous les secteurs stratégiques et importants pour l’émergence de l’Afrique.

Vous avez certainement vu des SDSI et vous avez peut-être remarqué que les solutions qu’elles utilisent viennent de la Silicon Valley. Tout vient de la Silicon Valley, que ce soit internet, le big data, les réseaux sociaux, etc. J’ai moi-même eu la chance de visiter la Silicon Valley récemment. Nous ne réinventons pas la roue. Nous ne disons pas non plus qu’il n’y a rien après. J’ai dit à mes collaborateurs que si Facebook existe, c’est parce qu’il y a quelqu’un qui a pensé qu’on pouvait réaliser des choses qui n’existaient pas encore. Je peux vous dire que dans les 10 prochaines années, 80% des technologies qui vont être utilisées n’existent pas encore. Nous allons améliorer des solutions qui existent déjà. Nous pouvons aussi sortir des solutions qui viennent de l’Afrique. Des solutions créées par les Africains et utilisées dans le monde. C’est d’ailleurs cela ma vision. Nous devons être capables de créer des solutions qui puissent être vendues en France, en Inde, etc. D’ailleurs, le Kenya commence à le faire. Il y a trois ans, j’ai eu la chance d’être interviewé par Microsoft. J’ai dit dans mon interview que l’une des plus grandes innovations de la téléphonie mobile vient de l’Afrique, le mobile money. C’est là où se trouve l’innovation. Si vous voulez apporter quelque chose de nouveau dans la téléphonie mobile, il faut interroger l’Afrique parce qu’elle constitue une source intacte. Hormis la téléphonie mobile, il y a autre chose. Il faut que nous soyons capables de sortir du cadre. Il faut en sortir pour faire des choses qui n’existent pas encore et qui n’ont pas encore été inventées par la Silicon Valley. Par exemple, Facebook avait refusé d’embaucher le futur inventeur de WhatsApp. Quelques temps après avoir créé WhatsApp, il l’a vendu à Facebook pour des milliards de dollars. C’est l’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas hésité à mettre cette équipe de huit personnes en place. Cela va me coûter une fortune, mais ils vont travailler pendant deux années. Nous n’attendons rien d’eux dans la productivité immédiate de notre entreprise. Pendant ces années, ils seront rémunérés et ils travailleront sur des projets relativement complexes. Je ne saurai vous dire ce qu’ils trouveront mais je peux vous assurer qu’ils trouveront quelque chose. Je leur fait confiance.

Quelles sont les entreprises pour lesquelles vous avez développé des solutions innovantes ?

Quand en 2010, j’ai rencontré les dirigeants d’Orange Côte d’Ivoire, je me suis rendu-compte à travers nos échanges qu’ils ne connaissaient ni le nombre exact de leurs abonnés, ni le nombre de ceux qui quittaient leur réseau, ni la situation exacte de leur trésorerie. Je leur ai dit que je pouvais leur apporter une solution qui allait leur permettre de découvrir leur entreprise. C’est le Business Discovery. C’est une solution d’analyses décisionnelles qui permet d’adresser toutes vos sources de données en même temps. Dès que vous croisez les données entres elles, vous êtes informés de tout ce qui se passe. Par exemple, il suffit d’interroger la base de données sur le nombre d’abonnés pour avoir les chiffres en un clic. Avec cette solution, vous n’avez pas besoin de créer un entrepôt de données comme on le fait habituellement. A partir de cette solution, le manager découvre et comprend son business. Nous avons aussi déployé nos solutions, il y a quelque temps, pour la Société de distribution d’eau en Côte d’Ivoire (Sodeci). Le directeur du budget et du contrôle de gestion qui est un homme averti a signifié qu’il ignorait qu’Abobo, qui est une commune populaire, était son deuxième plus gros client. C’est pareil pour Snedai où les responsables ont été surpris de voir que le plus grand nombre d’enrôlements se faisaient au Plateau et non à Cocody. C’est aussi le cas de Bolloré Cameroun où le directeur informatique a pris la décision de ne travailler qu’avec nos solutions. En effet, tous les mois, il recevait des factures des compagnies de téléphonie mobile et fixe. Puis il s’est rendu compte que les factures augmentaient au fil des mois. Il s’est alors posé des questions sur les raisons qui justifiaient cela. Il nous a fait appel et nous avons développé une application pour lui. Il s’est rendu compte que l’essentiel des communications des employés de la société se situait entre 19h et minuit. Il a donc réuni l’ensemble du personnel et il a pris des mesures. Ceux qui avaient 50 000 F de communication sont passés à 30 000 F et ainsi de suite. Lorsque les travailleurs se sont plaints, il a dévoilé le rapport selon lequel 80% des communications se faisaient entre 20h et minuit. Grâce à notre solution, il a pu mettre fin à ce dysfonctionnement. Nous apportons aussi un autre type de solutions aux entreprises. Lorsqu’une entreprise décide de déployer la téléphonie en son sein, elle fait un abonnement chez un opérateur. Et cela reste un banal outil de communication. Mais nous, nous transformons cet outil de communication en un outil collaboratif de travail et de prise de décisions. Par exemple, je suis un homme d’affaires et je me déplace beaucoup. Mes collaborateurs se déplacent également très souvent. En matière de téléphonie, le roaming coûte très cher. Avec internet, on peut appeler deux ou plusieurs de ces collaborateurs en même temps, tout en restant dans notre réseau. En d’autres mots, on est au bureau sans y être. Nous sommes également dans le secteur de la visio-conférence. Nous pouvons être consultés dans le cadre d’un appel d’offres pour proposer nos solutions de visio-conférence. Avec toutes ces solutions, je pense que nous sommes capables d’adresser le marché de l’Etat.

Avez-vous une expérience à l’international et quelle est votre stratégie de développement en Afrique de l’Ouest ?

Nous visons le marché de l’Afrique toute entière. Lorsque nous avons créé Neotech en 2010, nous avons ouvert deux filiales, au Gabon et au Sénégal. Nous avons liquidé Neotech et ses activités ont été reprises par Enical Technologies. Aujourd’hui, nous voulons nous affirmer sur le marché ivoirien. Nous le faisons avec Enical Technologies puisque nous avons de nouveaux clients importants dont la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) et Moov Côte d’Ivoire. A partir du moment où nous sommes forts en Côte d’Ivoire, nous pouvons nous faire valoir sur d’autres marchés. Nous avons adressé des appels d’offres sans succès au Burkina Faso. Fin 2017, nous avons créé Enical Group Dubaï. C’est une stratégie pour nous développer en Afrique. C’est à partir de notre groupe basé aux Emirats Arabes Unis qu’on va créer des succursales dans d’autres pays. Nous allons commencer par le Burkina parce que nous y avons des affinités. Cette année, nous mettrons en place Enical Burkina qui sera à mesure d’adresser plusieurs marchés, c’est-à-dire les marchés des TIC et le marché de l’immobilier. Après nous irons au Cameroun où nous y avons également des affinités. Depuis janvier 2018, nous avons créé une filiale spécialisée dans les solutions froid, permettant de conserver les fruits et légumes, la viande et le poisson. Ce système va nous permettre de proposer des solutions alternatives à nos communes en termes de conservation. On ne se déplacera pas dans d’autres pays avec ces solutions. On les vendra en Côte d’Ivoire. Notre organisation commerciale et marketing nous permettra d’adresser des pays sous régionaux, soit par internet, soit par des agents locaux qui peuvent proposer ces solutions en freelance. Nous sommes dans cette démarche de développement sur les marchés de la sous-région. Pour les autres activités, nous restons en Côte d’Ivoire pour l’instant.

Quelles sont les autres activités du groupe ?

Enical Group est désormais basé aux Emirats Arabes Unis et détient Enical Immobilier spécialisé dans la gestion immobilière, segment dans lequel nous faisons des achats et des ventes en termes d’immobilier. Enical Group détient aussi Enical Consulting qui est spécialisé dans le conseil, la formation et l’intermédiaire entre partenaires. Par exemple, nous accompagnons nos clients qui veulent aller sur d’autres marchés, que ce soit en Côte d’Ivoire ou à l’extérieur. J’ai accompagné, il y a quelques années, un dirigeant d’entreprise qui développait une solution avec une grande entreprise togolaise. Nous avons accompagné une autre structure sur le Ghana. Nous conseillons aussi des clients. Par exemple, lorsqu’un chef de service passe à un poste de directeur, nous l’accompagnons dans la définition de ses nouveaux objectifs et dans ses réalisations. Nous avons aussi Enical Technologies qui a repris les activités de Neotech. Notre point fort, c’est le business intelligence. Ce que l’on appelle couramment l’informatique décisionnelle. C’est tout ce qui est analyse décisionnelle. Notre objectif, c’est de faire en sorte que l’analyse décisionnelle soit accessible à tous. Certaines entreprises de la Côte d’Ivoire et du monde continuent d’utiliser des tableurs type Excel pour analyser leurs données. C’est la solution business intelligence la plus utilisée dans le monde, mais elle a des limites lorsqu’il s’agit de grandes bases de données. En plus de ces trois structures, nous avons créé les solutions froid dont je vous ai parlé à l’instant. Nous avons une filiale qui a un capital de 1,5 million d’Euro. Elle se nomme Alternative Invest. Nous avons compris que les PME ont besoin de se faire accompagner par des investisseurs autres que les investisseurs traditionnels. Par exemple, lorsque les entrepreneurs ont des projets, les banques et les organismes de microfinance peuvent créer des difficultés. Quand nous sommes approchés par ces entrepreneurs, après avoir analysé leurs dossiers, nous levons des fonds pour eux et nous les accompagnons pendant plusieurs années. Nous levons ces fonds auprès de particuliers. Après nous remboursons l’emprunt. On parle de plus en plus de ce système. Ce sont des choses qui vont arriver en Afrique et nous allons les développer à travers Alternative Invest. Par exemple, si vous avez un projet intéressant, on peut demander à des internautes partout en Afrique d’apporter de l’argent pour qu’on puisse collecter les fonds pour vous pour que vous puissiez investir. Nous investissons dans les PME entre 1 million et 100 millions de Fcfa. Nous n’allons pas au-delà.

Comment voyez-vous le groupe dans les 2 ou 3 années à venir ?

Avec Neotech, je visais 3 milliards de FCFA de chiffre d’affaires au premier bilan, et 5 milliards de chiffre d’affaires au deuxième bilan, mais les choses n’ont pas marché. Avec Enical Group, nous avons des ambitions modestes. Nous avons deux ou trois personnes par filiale. On veut rentabiliser. Au début, on souhaitait faire 100 millions de chiffre d’affaires. En 2017, nous avons revu nos ambitions et nous avons visé un milliard. En 2018, nous visons trois milliards pour l’ensemble du groupe. Mais comment y arriver ? A partir du moment où nous avons nos repaires en Côte d’Ivoire avec des référentes fortes comme Orange et Snedai, nous allons adresser l’étranger. Dans trois ans, je vois un groupe qui sera capable d’exporter son expertise comme le font les groupes de l’Afrique du Nord. Il n’y a pas un seul appel d’offres dans le privé ou dans le public ou vous ne verrez pas une entreprise marocaine. Il faut que les entreprises ivoiriennes commencent à s’exporter aussi dans d’autres pays africains. Il faut qu’Enical Group soit un groupe incontournable en Afrique. Nous voulons être présents sur tous les secteurs stratégiques et importants pour l’émergence de l’Afrique. L’Afrique peut émerger en changeant le monde. Et Enical Group veut être capable de changer l’Afrique et le monde.

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