Production de Bitume en Afrique: Société Multinationale de Bitumes

Yves Boha Djere, Président du Conseil d’Administration de la Société Multinationale de Bitumes (SMB) and Thomas Camara, Directeur Général de la SMB
La Société Multinationale de Bitumes a été créée en 1976 à l’initiative du gouvernement de La Côte d’Ivoire parce que la Côte d’Ivoire avait un besoin de construction de routes. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a réalisé avec le concours de la Société Multinationale de Bitumes quelques 5600 kilomètres de routes bitumées.

Interview avec Yves Boha Djere, Président du Conseil d’Administration de la Société Multinationale de Bitumes (SMB) and Thomas Camara, Directeur Général de la SMB

Yves Boha Djere, Président du Conseil d'Administration de la Société Multinationale de Bitumes (SMB)

Quelle présentation peut-on faire de la Société Multinationale de Bitumes?

Monsieur Yves Boha DJERE: La Société Multinationale de Bitumes a été créée en 1976 à l’initiative du gouvernement de La Côte d’Ivoire. C’est une société anonyme avec un Conseil d’Administration. Son capital aujourd’hui est de 4,872 milliards de francs CFA. Cette société a démarré ses activités en 1978. La Côte d’Ivoire est devenue indépendante le 7 août 1960. Tout le pays était sur le plan économique en ébullition. On parlait à l’époque du miracle ivoirien. Il y avait une bonne croissance économique régulière et des activités se créaient partout.

Le gouvernement s’est aperçu très rapidement qu’il y avait donc une nécessité de construire un réseau routier adéquat pour acheminer tous les biens, toutes les marchandises, tous les produits et toutes les personnes, même au-delà de la Côte d’Ivoire. Tous les pays qui n’ont pas de façade maritime et qui ont leur accès maritime à travers la Côte d’Ivoire avaient besoin d’être désenclavés. Il y avait un besoin de construction de routes. C’est ainsi que la Société Multinationale de Bitumes (SMB) a été créée pour permettre de réaliser des routes carrossables. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a réalisé avec le concours de la SMB quelques 5600 kilomètres de routes bitumées.

Thomas Camara, Directeur Général de la Société Multinationale de Bitumes (SMB)

Pouvons-nous faire un point sur la stratégie à moyen terme? Et comment allez-vous profiter de la reconstruction de la Côte d’Ivoire?

Monsieur Yves Boha DJERE: Pour la stratégie, elle relève de la responsabilité du ministère et du gouvernement. Si vous souhaitez avoir des réponses appropriées, il serait bon de vous rapprocher du ministère. Ce que nous pouvons dire, en ce qui concerne la Société Multinationale de Bitumes, dans son domaine spécifique d’activité, nous avons pris toutes les dispositions afin d’avoir toute notre place dans la stratégie du gouvernement tendant à relancer l’économie ivoirienne, notamment en ce qui concerne le secteur routier, et à y contribuer d’une manière significative afin de devenir un maillon indispensable dans ce domaine.

Après la crise ivoirienne, est-ce qu’il y a un nouvel élan de la part du ministère pour vous encourager à développer votre activité?

Monsieur Yves Boha DJERE: Notre réseau routier souffre de plusieurs années de manque d’entretien et il est fortement dégradé. Les routes vont être réhabilitées, d’autres vont être construites et de nouveaux ouvrages vont être réalisés. Forcément, il y a un besoin important dans ce domaine. Au-delà de nos frontières, tous les pays qui nous entourent dans la sous-région sont en chantier, ce qui signifie que le besoin est réel. Nous nous organisons pour prendre une part active à la reconstruction de la Côte d’Ivoire, mais aussi au développement de la région en matière d’infrastructures routières.

Quels sont vos projets pour le développement stratégique de la société? Avez-vous un plan d’investissement et comment allez vous évoluer?

Cela fait plus de 30 ans que la Société Multinationale de Bitumes existe, son nom n’est jamais associé ni ici ou sur nos marchés extérieurs à une pollution de l’environnement. Nous sommes très soucieux de la préservation de la qualité de l’environnement.

Monsieur Yves Boha DJERE: Nous avons un plan d’investissement. Nous allons accroître la capacité de production, c’est nécessaire. Nous allons également améliorer les outils, parce que les produits les plus disponibles, notamment les produits bruts, comportent une très grande proportion d’acide par rapport aux produits que nous avions l’habitude de traiter. Il va falloir améliorer notre équipement pour faire face à cela. Monsieur le Directeur Général a reçu un mandat du Conseil d’Administration pour traduire en plan d’action toutes ces orientations.

Monsieur Thomas CAMARA: Effectivement, nous avons en vue la réalisation d’investissements pour accroître notre production. Il faut dire que la raffinerie de la Société Multinationale de Bitumes était construite pour une capacité de 525 milles tonnes de pétrole brut traité par an. En 2010, nous avons eu l’opportunité de saturer cette capacité. Nous nous apercevons que, malgré la saturation de capacité, nous ne couvrons que 45 à 50% des besoins de bitumes de la sous-région ouest-africaine. Par conséquent, il reste encore la moitié des besoins de la sous-région à combler. Nous sommes présents dans la sous-région et il nous faut occuper pleinement notre place en investissant dans l’accroissement de nos capacités de production et de stockage.

À cet effet, nous avons identifié deux projets: un premier, très avancé, qui consistera à modifier la métallurgie de nos équipements pour pouvoir traiter les pétroles bruts acides, qui ont un plus fort potentiel en bitumes, de façon à accroître notre production de bitume. Nous avons un deuxième projet qui, à moyen terme, consistera à changer complètement certains gros équipements pour faire passer la capacité de production actuelle de 80 tonnes traitées à 120 tonnes traitées par heure. Cela fait 50% d’augmentation au niveau de la production. Voici présentés les projets que nous avons.

À la fin de ces investissements, quel sera le pourcentage d’augmentation de la production? 

Monsieur Yves Boha DJERE: Le premier investissement va permettre d’augmenter la production de 10 à 20% déjà, par rapport au pourcentage existant et le deuxième va augmenter de 50%. Donc c’est 60% d’augmentation que nous aurons. De cette façon, nous pourrons couvrir largement les besoins de notre marché.

Comment ces investissements sont-ils financés? Est-ce que vous avez déjà trouvé le financement?

Bitumen 60/70 SMB Ivory Coast

Monsieur Yves Boha DJERE: Au niveau du premier projet, c’est un investissement lourd qui se chiffre de 30 à 35 millions de dollars. Pour ce faire, il faut faire des études assez détaillées d’ingénierie. Nous sommes à l’étape des études d’ingénierie qui permettent d’évaluer les coûts d’investissement avec une précision de 10%. Ce n’est qu’à cette étape, qu’on peut aller vers des financiers potentiels. Mais nous avons déjà plusieurs personnes et sociétés qui souhaitent financer ces projets; nos partenaires qui sont intéressés par la production supplémentaire qu’il y aura; nos partenaires financiers comme les banques sont également intéressés dans la mesure où la SMB est la seule raffinerie exportatrice de bitume dans la sous-région. Tout ceux qui opèrent dans le domaine des bitumes savent que la SMB est un passage obligé et qu’elle est la raffinerie la plus proche et performante pour couvrir les besoins de la région, d’où l’engouement des banques, des opérateurs économiques et commerciaux à travailler avec nous et nous accompagner dans la réalisation de nos investissements.

Quels sont vos principaux défis?

Monsieur Yves Boha DJERE: Premièrement, nous sommes la raffinerie la mieux placée pour approvisionner la sous-région. Nous sommes géographiquement au cœur de cette sous-région, presque à équidistance de tous nos marchés les plus éloignés depuis la Mauritanie jusqu’à l’Angola. Deuxièmement, nous avons les infrastructures et les équipements qui permettront d’approvisionner correctement dans les temps et à moindre coût ces marchés. Nous avons affrété à plein temps un navire de 5800 tonnes qui ne travaille que pour la Société Multinationale de Bitumes afin d’approvisionner nos clients. Concernant les défis à relever pour approvisionner les marchés extérieurs, il s’agit de développer les moyens logistiques dans nos principaux marchés afin de continuer à approvisionner nos consommateurs aux meilleurs coûts et de leur donner satisfaction. Monsieur le Directeur Général va vous dire ce que nous avons déjà engagé comme actions dans le domaine du développement de la logistique.

Monsieur Thomas CAMARA: Nous avons décidé d’être présent dans les grands pays consommateurs de bitumes à commencer par le Nigeria qui, à lui seul, absorbe 55% de notre production. Nous avons donc entrepris des négociations avec des opérateurs économiques dans ce pays avec lesquels nous souhaitons conclure des partenariats pour être présent dans les capacités de stockage qu’ils possèdent de sorte à sécuriser et à fidéliser les clients de ces partenaires économiques qui viennent charger leurs produits dans ces dépôts qu’ils possèdent. Après cela, nous prévoyons de nous tourner vers la Guinée Équatoriale, le Congo et le Gabon. Toutes ces destinations sont pour nous des pays à fort potentiel qui ont besoin de bitumes. C’est pour cette raison que  nous voulons être présents et les accompagner dans leur développement grâce aux bitumes que nous allons leur fournir.

Par ailleurs, nous voulons être en mesure de satisfaire les demandes des clients avec des coûts très compétitifs et dans les conditions intéressantes pour ces clients. C’est pour répondre à tous ces besoins que nous nous sommes engagés dans la démarche qualité. En effet, la Société Multinationale de Bitumes est certifiée ISO 9001 depuis l’année 2006. A ce titre, nous avons maintenu chaque année cette certification qui est une démarche internationale, laquelle est orientée vers la satisfaction totale du client de sorte à le fidéliser.

Société Multinationale de Bitumes logo

Est-ce que le Nigéria a des plans pour monter une société de bitumes pour approvisionner la région?

Monsieur Yves Boha DJERE: Il est vrai que le Nigéria est un producteur de pétrole, mais il ne produit pas de pétrole brut à bitumes parce que ce pétrole est un pétrole spécial que l’on ne trouve pas partout contrairement au pétrole classique que l’on retrouve dans toutes les raffineries en général. Ce pétrole à fort rendement en bitumes se trouve en Amérique latine dans des pays comme le Venezuela, la Colombie et le Mexique. Il faut noter que le Nigéria dispose de trois (3) raffineries dont une (1) unité de bitumes. Mais à la pratique, il reste toujours importateur des bitume de notre pays. Si nous prenons de l’avance et que nous mettons à disposition des bitumes dans des conditions de prix intéressants, nous allons amener les autorités de ce pays à chercher à investir ailleurs puisque la demande est déjà couverte à des prix intéressants.

Monsieur Thomas CAMARA: Nous souhaitons prendre de l’avance dans la sous-région. C’est vrai que nous avons déjà une longueur d’avance, mais il existe encore la moitié du marché qui n’est pas occupée, et si nous laissons cette moitie inoccupée, cela pourrait donner des idées à d’autres personnes d’installer une deuxième raffinerie qui viendra faire la concurrence avec nous. Il est donc primordial d’occuper le terrain en accroissant nos parts de marchés dans ces pays par la pratique de prix compétitifs et par la qualité de service fourni. A ces conditions nous avons encore des chances de rester longtemps leader du bitume dans la sous-région.

Comme leader, comment approchez-vous la question du développement durable?

Monsieur Yves Boha DJERE: Cela fait plus de 30 ans que la Société Multinationale de Bitumes existe, son nom n’est jamais associé ni ici ou sur nos marchés extérieurs à une pollution de l’environnement. Nous sommes très soucieux de la préservation de la qualité de l’environnement. Chaque jour dans le développement de nos outils, nous intégrons le facteur protection de l’environnement parce que nous nous considérons comme une entreprise citoyenne qui veut sauvegarder durablement son environnement. Aujourd’hui, nous avons pris une option qui est de développer la distribution des bitumes en sac. C’est beaucoup plus satisfaisant en matière de protection de l’environnement que la pratique qui avait précédemment cours et qui consiste à le distribuer en fût. Nous allons nous appliquer à faire un peu plus chaque jour pour que la SMB reste durablement cette entreprise citoyenne qu’elle a toujours été. Ce sont les orientations données par le Conseil d’Administration: sauvegarder l’environnement comme étant une priorité.

Monsieur Thomas CAMARA: Dans la gestion quotidienne de l’entreprise, suite aux directives données par le Conseil d’Administration, nous avons engagé une démarche qualité dans le domaine de l’environnement qui est la démarche de la certification ISO 14001. Nous avons initié les premières étapes. La première étape est une étude d’impact environnemental que nous sommes en train d’engager avec le Ministère de l’Environnement. Nous allons avancer sur ce terrain de sorte à être certifiés ISO 14001 qui est la preuve que nos pratiques, notre gestion courante et nos installations sont faites de manière à conserver et préserver l’environnement.

Quelle est votre vision pour l’entreprise? Quel est votre rôle dans le développement stratégique de la Cote d’ivoire?

Monsieur Thomas CAMARA: Nous sommes les leaders du bitume en Afrique de l’Ouest. Nous avons des stratégies pour continuer de l’être en accompagnant ainsi l’ensemble des pays de la sous-région. Un développement qui passe par la construction des routes et des infrastructures en général. Nous sommes présents et voulons demeurer présents à travers tous ces projets en appliquant les directives qui nous sont données par le Conseil d’Administration.

Monsieur Yves Boha DJERE: Nous voulons être parmi les entreprises phares non seulement de la Côte d’Ivoire, mais de la sous-région. La Société Multinationale de Bitumes est une entreprise cotée en bourse. Dans ce cadre, il y a de cela cinq ans, elle a été primée à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières de l’UEMOA (BRVM) comme deuxième entreprise de la région Ouest Africaine. Pour le Président du Conseil d’Administration que je suis, mon engagement est de faire de cette entreprise, au plan financier, une entreprise majeure. Sur le plan technique, notre rôle est également d’être parmi les entreprises qui permettront à la Côte d’Ivoire de demeurer le moteur de l’économie Ouest-aficaine.

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