Malick Diouf, CEO de LAfricaMobile : l’IA, le cloud communication et les langues africaines au service de l’inclusion numérique

Dans cet entretien accordé à MarcoPolis, Malick Diouf, CEO et cofondateur de LAfricaMobile, présente la stratégie de cette entreprise technologique sénégalaise devenue une plateforme panafricaine de communication mobile, de cloud communication et d’intelligence artificielle. Créée en 2014, LAfricaMobile accompagne aujourd’hui plus d’un millier d’entreprises dans dix huit marchés africains, grâce à des solutions de communication multicanale adaptées aux réalités du continent.

La plateforme LAfricaMobile permet aux entreprises, fintechs, institutions et administrations de communiquer avec leurs publics par SMS, USSD, WhatsApp Business, messages vocaux, crédit téléphonique et API de communication. Son infrastructure cloud simplifie le déploiement de services mobiles dans plusieurs pays, tout en répondant à la fragmentation des réseaux de télécommunications en Afrique.

Malick Diouf insiste sur l’importance de l’inclusion numérique et de l’inclusion financière. Dans de nombreuses régions africaines, les populations ne disposent pas toujours d’un smartphone ou d’une connexion Internet. Les solutions USSD, les SMS professionnels et les messages vocaux permettent ainsi de fournir des services essentiels aux populations rurales, aux personnes peu alphabétisées et aux utilisateurs du mobile money.

L’intelligence artificielle en Afrique occupe une place centrale dans la stratégie de LAfricaMobile. L’entreprise développe des solutions d’IA adaptées aux langues africaines afin de traduire, numériser et diffuser des contenus en wolof, soninké, haalpulaar et dans d’autres langues locales. Cette approche renforce l’engagement client et contribue à la création de données africaines pour l’intelligence artificielle, à la souveraineté numérique africaine et à la production de contenus numériques reflétant les cultures du continent.

Malick Diouf présente également Yela eSIM, une carte SIM virtuelle accessible par QR code et disponible dans plus de 190 pays. Cette eSIM africaine facilite la connectivité internationale des entrepreneurs, dirigeants, voyageurs, commerçants transfrontaliers et pèlerins.

Après une série A de 6,5 millions d’euros, LAfricaMobile poursuit son expansion en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique du Nord. À l’horizon 2030, son ambition est de devenir un champion technologique africain, capable d’accélérer la transformation numérique de l’Afrique et de proposer des technologies conçues en Afrique, par des Africains et pour l’Afrique.

Malick Diouf, vous êtes CEO et cofondateur de LAfricaMobile depuis 2014. Vous tenez particulièrement à ce titre de cofondateur. Avec qui avez-vous lancé l’entreprise et quelle place cette personne occupe-t-elle aujourd’hui dans son histoire ?

Je vous remercie pour cette invitation et pour l’occasion de m’exprimer auprès de votre audience. Je suis Malick Diouf et j’aime d’abord me présenter comme ingénieur, avant de parler de mes fonctions de CEO, de directeur général ou de cofondateur. Ce qui m’anime, c’est la création d’innovations et de services utiles, en particulier pour l’Afrique, un continent qui me tient profondément à cœur.

L’aventure a commencé il y a un peu plus de dix ans, lorsque j’étudiais à Grenoble École de Management. J’y ai rencontré Oumar Diallo, un ingénieur informatique franco-sénégalais, lui aussi passionné par l’Afrique et l’innovation. Nous avons commencé à travailler sur ce projet sur les bancs de l’école, avant de créer l’entreprise en 2014. Nous avons ensuite quitté la France pour nous installer au Sénégal et concrétiser cette vision.

Oumar ne fait plus partie de l’équipe. Il a quitté l’aventure après la première levée de fonds, conformément à ce que nous avions convenu. J’ai poursuivi le développement de l’entreprise, rejoint ensuite par des investisseurs. Je conserve néanmoins le titre de cofondateur pour rendre hommage à Oumar Diallo et, plus largement, à cette génération de membres de la diaspora africaine qui choisissent de revenir sur le continent pour y entreprendre.

Quelle était, au départ, l’idée centrale de votre modèle économique et de votre produit minimum viable ?

Nous cherchions à apporter des solutions concrètes aux entreprises africaines. Depuis le début des années 2000, l’Afrique est souvent présentée comme l’une des nouvelles frontières de la croissance mondiale. Dans ce XXIe siècle, il faut également parler du rôle de la diaspora.

À l’horizon 2050, le continent devrait compter environ 2,5 milliards d’habitants, contre près de 1,5 milliard aujourd’hui. Une personne sur quatre dans le monde sera alors africaine. L’âge médian de la population africaine se situe entre 18 et 20 ans, tandis qu’il dépasse 40 ans en Europe. Cela représente des possibilités considérables en matière d’emploi, d’entrepreneuriat et de dividende démographique.

Je suis issu d’une double culture et je partage mon temps entre l’Afrique et la France. J’ai toujours considéré cette démographie comme une chance, non seulement pour l’Afrique, mais aussi pour le monde entier. Le continent dispose d’une jeunesse talentueuse, énergique et animée par une forte envie d’entreprendre.

Comment faire en sorte que l’Afrique compte davantage dans l’économie mondiale ? Voyez-vous l’entrepreneuriat comme l’une des principales réponses ?

Je vois avant tout cette jeunesse comme un ensemble de femmes et d’hommes capables d’apporter de la valeur au monde entier. Mon grand-père m’a transmis un adage : « Partout où tu te trouves dans le monde, fais comme l’eau qui tombe sur la terre. » Autrement dit, il faut être utile là où l’on se trouve.

On peut exercer ce leadership comme salarié, en cherchant à faire évoluer son entreprise, ou comme entrepreneur, en s’attaquant directement aux problématiques du continent. Dans les deux cas, la jeunesse africaine représente une occasion exceptionnelle pour le monde.

La question du retour en Afrique occupait déjà une place importante dans les réflexions de notre génération issue de la diaspora. Je suis revenu, tandis que d’autres, bien établis dans des fonctions de management à l’étranger, continuent de se poser cette question. En 2016, à l’École centrale de Lyon, j’ai d’ailleurs consacré une intervention au rôle de la diaspora dans le développement de l’Afrique. Depuis les indépendances, et même avant, la diaspora joue un rôle décisif comme force d’impulsion et de prescription dans les domaines politique, économique et social. Cela ne s’arrêtera pas.

« L’audace d’espérer », pour paraphraser Barack Obama ?

Oui. Il faut savoir franchir le pas.

Vous définiriez-vous comme un entrepreneur audacieux ? On raconte qu’en France, alors que vous étiez salarié d’une PME, vous aviez pris l’initiative de répondre à un appel d’offres entièrement en anglais sans encore maîtriser parfaitement la langue, et que vous aviez réussi.

Je me définirais surtout comme un passionné. Je n’ai pas toujours eu ce talent naturel pour l’entrepreneuriat que certaines personnes semblent posséder très tôt. J’étais plutôt un bon élève, travailleur et très investi dans les sujets qui m’intéressaient. Ma passion pour l’Afrique et pour l’entrepreneuriat est venue plus tard, lorsque je me suis demandé : « Quelle peut être ma valeur ajoutée pour mon continent ? »

Croyez-vous davantage au travail associé à la passion qu’à la seule combinaison du talent et de la facilité ?

Il faut un mélange de plusieurs qualités pour entreprendre. Je le dis aujourd’hui avec davantage de recul que je ne l’aurais fait il y a dix ans. La passion reste néanmoins le moteur essentiel. C’est d’elle que viennent l’énergie, la volonté et cette conviction intérieure que l’Afrique doit se développer grâce à ses fils et à ses filles.

Je suis l’un d’eux et je me suis demandé comment contribuer à ce développement dans mon domaine. La voie que j’ai trouvée est celle de l’entrepreneuriat technologique. Ma formation initiale est celle d’un ingénieur en réseaux et télécommunications, diplômé de l’INSA Toulouse, complétée par une formation en systèmes d’information à Grenoble École de Management. J’y ajoute ma passion pour l’Afrique et pour le développement des entreprises africaines.

Dans l’entrepreneuriat, les périodes difficiles sont inévitables. Sans passion, il devient beaucoup plus difficile de tenir, de se relever et de poursuivre. La passion est donc la colonne vertébrale de tout le projet.

Il faut donc apprendre à se relever plutôt que chercher à ne jamais tomber. LAfricaMobile communique également sous le nom LAM, un mot qui signifie « bracelet » en wolof. Ce symbole traduit-il votre identité sénégalaise ou votre volonté de rester une passerelle entre l’Afrique, la France et le reste du monde ?

Je me vois d’abord comme un Africain, comme un porteur de bracelet. J’ai passé une grande partie de ma vie hors d’Afrique, mais cette expérience a encore renforcé mon identité africaine.

Le fait d’avoir lancé l’entreprise au Sénégal et d’avoir choisi ces symboles est lié à mes influences personnelles. Mes parents sont sénégalais, nés et élevés ici, et ils ont exercé des responsabilités dans ce pays. Ces références m’ont naturellement accompagné au moment de créer l’entreprise. Je revendique donc pleinement mon identité sénégalaise.

Une identité sénégalaise ouverte et culturellement métissée ?

Oui, et cela se voit dans nos équipes, qui réunissent douze nationalités. Si vous placez côte à côte un Guinéen, un Sénégalais et un Malien sur notre plateforme, il est souvent impossible de deviner qui vient de quel pays.

Votre acronyme PACTE résume vos valeurs : professionnalisme, agilité, clients, « Think big, go fast » et excellence. Comment ce credo influence-t-il vos équipes et votre manière de diriger ?

Il s’agit de bien davantage qu’un credo : ce sont les valeurs fondatrices de l’entreprise. Avant même la vision et la mission, une organisation repose sur des principes solides et non négociables. Les personnes qui rejoignent LAfricaMobile doivent y adhérer.

La première valeur est le professionnalisme. Nous avons eu la chance de travailler dans des groupes internationaux, où l’image de l’Afrique est encore trop souvent négative. Chez LAM, nous refusons l’idée selon laquelle le manque de professionnalisme serait une fatalité africaine.

L’agilité vient ensuite. Nous évoluons dans des environnements où il faut être frugal et savoir s’adapter à des difficultés concrètes dans les transports, les infrastructures, l’énergie ou la santé. Lorsqu’une forte pluie empêche certains collaborateurs de se déplacer, par exemple, nous organisons le travail à distance pour assurer la continuité du service.

La valeur centrale reste le client. Notre mission consiste à aider les entreprises à se développer, à accroître leur chiffre d’affaires et à grandir durablement. Le « Think big, go fast » exprime notre ambition panafricaine. Nous sommes présents dans dix-huit marchés, mais nous voulons progressivement couvrir l’ensemble du continent.

Enfin, l’excellence est essentielle. Elle n’est pas toujours spontanément associée aux entreprises africaines, et c’est précisément pour cette raison que nous voulons en faire un marqueur distinctif, aussi bien dans notre fonctionnement interne que dans nos relations avec nos partenaires et nos clients.

L’un des dirigeants d’un incubateur qui vous accompagnait a ensuite rejoint LAfricaMobile comme directeur exécutif. Voyez-vous dans ce parcours une validation de la solidité de votre modèle et de votre persévérance ?

Cette histoire est effectivement assez remarquable. L’actuel directeur exécutif de LAM dirigeait auparavant l’un des incubateurs qui nous accompagnaient. Il a observé notre potentiel de près avant de choisir de rejoindre l’entreprise.

Nous nous considérons comme des personnes engagées dans une mission : permettre aux entreprises africaines de se développer réellement. Lorsque nous sommes arrivés sur le marché, nous avons constaté que beaucoup d’entre elles avaient l’ambition de grandir, mais qu’elles ne disposaient pas toujours des outils nécessaires. Nous avons donc construit ces outils pour leur donner les moyens de leurs ambitions.

Signer un client est une satisfaction, mais le voir se développer l’est encore davantage. Plusieurs start-up de notre écosystème ont commencé à travailler avec nos API. Certaines ont ensuite été rachetées, tandis que d’autres ont levé des fonds, y compris en série A. Ma plus grande fierté n’est pas uniquement la plateforme : c’est de voir ces entreprises grandir.

Le Sénégal compte davantage de connexions mobiles que d’habitants et le mobile money y est particulièrement développé. Quels services proposez-vous, notamment autour du SMS, de l’USSD, de WhatsApp et du vocal ? Comment résumeriez-vous la mission et la vision de LAfricaMobile ?

J’aime partir des problèmes concrets. Pour les entreprises africaines, la communication avec leurs clients reste complexe, notamment en raison de la fragmentation des marchés.

La première difficulté concerne la connectivité. Les réalités du Sénégal, de la République démocratique du Congo, du Niger ou de la Tunisie sont très différentes. Certaines zones disposent de la 4G ou de la 5G, tandis que d’autres dépendent encore fortement de la 2G ou de la 3G. En France, la 2G est progressivement appelée à disparaître, alors qu’elle reste vitale dans de nombreuses régions africaines. Elle peut encore permettre de joindre un service essentiel ou d’obtenir une information urgente avec un téléphone très simple.

Une entreprise classique, notamment une fintech, ne peut pas toujours supporter seule les investissements et la complexité nécessaires pour se connecter aux opérateurs de plusieurs pays. LAfricaMobile réalise ces investissements et agrège cette complexité. Grâce à nos produits de messagerie, une entreprise peut envoyer des SMS, des messages WhatsApp ou des messages vocaux dans différents pays à partir d’une interface en ligne ou, pour les start-up et les fintechs, au moyen d’une API.

La deuxième difficulté concerne la langue. Les technologies de messagerie sont encore largement conçues selon des usages occidentaux, principalement en français, en anglais ou en arabe, et très rarement dans des langues africaines. Nous permettons donc de traduire des contenus dans des langues locales et de les diffuser sous une forme vocale adaptée aux cultures et aux usages des publics concernés.

Vous avez réuni les problématiques de connectivité et d’alphabétisation au sein d’une même plateforme. Concrètement, qu’est-ce que cela change pour les utilisateurs sur le terrain ?

Cela permet parfois de communiquer sans connexion Internet. Une personne peut se trouver dans une zone éloignée du Sénégal et rester en contact avec des proches haalpulaars ou soninkés qui n’utilisent pas Internet. Nos solutions rendent cette communication accessible à partir de téléphones très simples.

L’arrivée de Starlink au Sénégal et dans d’autres pays africains change-t-elle la donne ?

Starlink améliore les possibilités de couverture, mais ne résout pas tous les problèmes. Il faut encore disposer d’un terminal compatible, souvent d’un smartphone, et pouvoir assumer le coût des données. Dans certains pays africains, l’achat d’un gigaoctet représente encore une dépense importante pour de nombreux ménages.

La couverture satellitaire ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir l’inclusion numérique ?

Non. Le coût des équipements et des données reste un obstacle majeur. C’est pourquoi des solutions comme l’USSD conservent toute leur pertinence : elles fonctionnent sur le réseau GSM natif, sans exiger de smartphone ni de connexion Internet.

Pendant la pandémie de Covid-19, nous avons ainsi permis à près d’un million de Sénégalais d’accéder à des informations essentielles sur l’évolution de la maladie. Nous accompagnons également des fintechs engagées dans l’inclusion financière, notamment auprès des femmes entrepreneures du secteur informel.

Pourquoi LAfricaMobile a-t-elle choisi une architecture cloud plutôt que des serveurs physiques propres à chaque client ?

Le cloud nous permet d’évoluer avec notre temps et, surtout, de simplifier le travail des organisations auxquelles nous proposons nos services. De notre côté, cette infrastructure suppose des investissements très importants, ce qui explique en partie le recours aux levées de fonds.

La fragmentation existe jusque dans la manière dont les opérateurs télécoms investissent et structurent leurs réseaux. Le cloud nous permet de mutualiser cette complexité et d’offrir un accès cohérent à nos services.

Cette fragmentation traduit-elle une véritable fracture numérique africaine ?

Absolument. Notre rôle consiste précisément à agréger cette fragmentation pour permettre aux entreprises de se connecter de la manière la plus simple possible. À ce jour, le cloud reste le moyen le plus efficace d’y parvenir.

Nos clients n’ont pas besoin d’installer une infrastructure lourde. Un développeur, un chef de produit ou un responsable marketing peut accéder à nos services à partir d’un simple lien et les déployer dans dix-huit pays, auprès de plusieurs centaines de millions de personnes.

LAfricaMobile est présente dans dix-huit marchés. Après le Sénégal, vous vous êtes développés au Mali, dans l’UEMOA, puis en Afrique centrale et dans d’autres régions. Quels sont aujourd’hui vos marchés prioritaires et comment maintenez-vous une qualité de service cohérente tout en vous adaptant aux réalités locales ?

Tout part de notre mission, qui consiste depuis l’origine à aider les entreprises africaines à interagir avec leurs clients par l’intermédiaire du téléphone. Nous avançons pays par pays, tout en nous appuyant sur une base technologique commune construite depuis plus de dix ans.

Nous avons commencé au Sénégal. Une fois l’adéquation entre notre proposition de valeur et les besoins du marché démontrée, nous avons naturellement cherché à nous développer dans les pays voisins. Le Mali a été la première étape.

Le Sénégal et le Mali partagent la même monnaie et une grande proximité culturelle.

Oui. Les Maliens et les Sénégalais sont profondément liés par l’histoire et par l’héritage de l’Empire mandingue. Un nom comme Coulibaly peut être aussi bien malien que sénégalais. Ce développement était donc naturel.

Nous avons également suivi nos clients. Beaucoup d’entreprises présentes au Sénégal avaient des activités ou des partenaires au Mali. Dès lors que notre proposition de valeur fonctionnait au Sénégal, elle pouvait être adaptée au marché malien. La même logique s’est ensuite appliquée entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Nous avons ainsi progressé avec des organisations qui portaient déjà une stratégie régionale.

Votre expansion s’est donc faite par capillarité ?

Absolument, à travers des relations directes avec nos clients. Pris isolément, de nombreux marchés africains restent de taille limitée. Le Sénégal compte environ vingt millions d’habitants, soit un ordre de grandeur comparable à celui de l’agglomération de Kinshasa. Lorsqu’une entreprise nourrit une ambition forte, elle doit donc envisager un développement régional puis continental.

Nous avons demandé à nos clients déjà accompagnés au Sénégal et au Mali de nous aider à nous implanter dans les autres pays où ils étaient présents. Cela a nécessité des adaptations techniques et organisationnelles. L’une de nos forces réside dans notre capacité à constituer des équipes locales. Au Mali, LAM est gérée par des Maliens ; en Côte d’Ivoire, nous suivons la même logique. Cette implantation locale fait partie de notre identité panafricaine et de notre volonté de contribuer au développement du continent.

Quels sont les principaux indicateurs qui permettent de mesurer la croissance et l’impact de LAfricaMobile ?

À ce jour, nous avons accompagné plus d’un millier d’entreprises dans les différentes zones géographiques où nous opérons. L’un des indicateurs les plus significatifs demeure notre taux de fidélisation. Nos clients restent en moyenne entre quatre et cinq ans chez nous, ce qui témoigne de leur confiance dans nos solutions et de la valeur que nous leur apportons au quotidien.

Au-delà du nombre d’entreprises accompagnées, il faut mesurer l’ampleur des interactions générées par nos plateformes. Nous traitons plusieurs millions de messages chaque année à travers nos différents canaux de communication.

Combien de collaborateurs LAfricaMobile emploie-t-elle aujourd’hui dans ses différents marchés ?

Aujourd’hui, LAfricaMobile compte environ cinquante collaborateurs. La majorité de nos effectifs est encore basée au Sénégal, qui demeure notre principal centre opérationnel. Nous disposons également d’une équipe d’une dizaine de collaborateurs en Côte d’Ivoire, ainsi que de représentations au Congo et dans plusieurs autres pays où nous poursuivons notre expansion.

Cette présence panafricaine repose sur une conviction forte : pour servir efficacement un marché, il faut le comprendre de l’intérieur. Nous nous appuyons donc sur des équipes locales capables d’appréhender directement les réalités des clients congolais, maliens, ivoiriens, tunisiens ou rwandais. Nous avons également engagé notre développement en Afrique du Nord, ce qui confirme notre ambition continentale.

Face aux grandes plateformes internationales de communication, quel est l’avantage concurrentiel de LAfricaMobile ? Pourquoi les clients vous font-ils confiance ?

La première réponse est la proximité. Lorsqu’un client rencontre une difficulté avec une grande plateforme internationale, il lui est souvent difficile d’obtenir rapidement un interlocuteur capable de comprendre son contexte et de résoudre son problème. Chez LAfricaMobile, la situation est différente.

Au Sénégal, des équipes sénégalaises accompagnent les clients sénégalais. Au Congo, des équipes locales comprennent les réalités du marché congolais. Nos clients disposent des coordonnées de personnes identifiées, qui répondent, prennent le temps d’écouter et proposent des solutions concrètes.

Cette proximité humaine constitue un avantage compétitif majeur. Elle s’accompagne d’une compréhension approfondie des contextes locaux, un aspect que les grandes multinationales peinent souvent à intégrer pleinement dans leurs modèles mondiaux. Notre priorité demeure l’Afrique, car les défis du continent exigent une connaissance intime des réalités locales.

Le deuxième élément différenciateur est l’inclusion numérique. De nombreux services supposent une connexion Internet permanente, alors qu’une part importante de la population africaine reste confrontée à des problèmes de couverture ou d’accès. Nous développons des solutions permettant à chacun d’accéder aux services essentiels, qu’il soit connecté ou non. Pour nous, l’inclusion financière ne peut réellement progresser sans inclusion numérique préalable.

Enfin, nous accordons une importance particulière aux langues africaines. Le continent compte près de 2 000 langues et une grande partie des Africains utilisent quotidiennement une langue locale dans leur environnement familial et social. Prendre en compte cette réalité est indispensable pour concevoir des solutions réellement adaptées aux usages africains.

Comment l’intelligence artificielle transforme-t-elle les solutions de LAfricaMobile et leur adaptation aux langues et aux usages africains ?

Il ne faut pas opposer les technologies anciennes aux plus récentes. Il s’agit plutôt d’une logique de complémentarité. Même dans les économies les plus avancées, les usages numériques restent multiples. Certaines personnes utilisent les technologies les plus sophistiquées, tandis que d’autres privilégient encore des solutions plus simples. Cette diversité est encore plus marquée en Afrique.

Prenons l’exemple du mobile money. Malgré la diffusion des smartphones, une grande partie des transactions continue de s’effectuer par USSD, parce que ce canal reste simple, accessible et efficace. Nous vivons dans un monde multicanal où les utilisateurs alternent entre différents modes de communication selon leurs besoins et leur environnement. Une personne peut bénéficier d’une connexion haut débit à Dakar et se retrouver quelques heures plus tard dans une zone où la connectivité est limitée.

Cela ne doit pas l’empêcher d’accéder à des services essentiels, comme envoyer de l’argent, payer les frais de scolarité de ses enfants ou soutenir sa famille. La mission de LAfricaMobile consiste à garantir cette continuité de service, indépendamment du niveau de connectivité.

L’intelligence artificielle est un formidable accélérateur. Elle nous permet d’aller plus vite, d’être plus pertinents et d’améliorer considérablement l’expérience utilisateur. Les premières versions de LAM permettaient déjà d’envoyer des SMS, des messages vocaux, des communications USSD ou des messages WhatsApp. Il manquait toutefois une dimension essentielle : l’engagement, c’est-à-dire la capacité d’une personne à comprendre un message, à y réagir et à entreprendre l’action attendue.

Nous avons constaté que l’utilisation des langues africaines augmentait fortement le niveau d’engagement, en particulier auprès des populations peu alphabétisées. Lorsqu’un citoyen reçoit un message de sa banque, de son administration ou de l’école de son enfant dans sa langue maternelle, sa compréhension progresse immédiatement. Cette amélioration concerne aussi les personnes parfaitement francophones, qui apprécient qu’une organisation s’adresse à elles dans leur langue locale.

Lorsqu’un visiteur étranger fait l’effort de s’exprimer en wolof, même imparfaitement, une proximité particulière se crée. La même logique s’applique à la relation entre les organisations et leurs publics. Les langues locales sont donc un puissant levier d’engagement.

L’intelligence artificielle nous permet aujourd’hui de numériser ces langues et de les intégrer aux parcours de communication des entreprises. Moins de 1 % des contenus disponibles sur Internet sont produits dans des langues africaines. Nous refusons que l’Afrique reste uniquement consommatrice de données. Elle doit aussi produire des contenus numériques qui reflètent ses langues, ses cultures et ses réalités. Cette responsabilité appartient aux États, aux institutions régionales et aux entreprises technologiques africaines.

Faut-il encourager davantage l’utilisation des extensions nationales africaines, comme le .sn ou le .cm, voire créer un domaine panafricain ?

À mes yeux, le véritable enjeu dépasse largement la question des noms de domaine. Le sujet central est celui du contenu local : les langues, les références culturelles, les connaissances et les contextes propres à nos sociétés.

Vous vous appuyez fortement sur les opérateurs télécoms tout en étant vous-même agrégateur de services mobiles. Quelle est votre valeur ajoutée concrète ?

Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à comprendre les usages locaux et à adapter les canaux de communication aux réalités du terrain.

Nous avons, par exemple, travaillé au Niger avec une organisation qui souhaitait accompagner près de 200 000 agriculteurs. L’objectif était d’améliorer leur productivité tout en les aidant à adopter des pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement. Les contenus existaient, mais plusieurs obstacles se posaient : ces populations n’étaient pas toujours connectées à Internet, ne parlaient pas nécessairement français et ne disposaient pas toutes d’un smartphone.

Grâce aux données analysées et aux outils développés, nous avons déterminé les canaux, les formats et les horaires de diffusion les plus adaptés. Nous avons recommandé des messages vocaux dans les langues appropriées, diffusés aux moments les plus pertinents de la journée.

Les résultats ont été remarquables : les agriculteurs concernés ont enregistré, en moyenne, une augmentation de plus de 20 % de leur productivité. Lorsqu’on envisage le potentiel d’une telle approche à l’échelle du continent, dans un secteur où une grande partie de la population active travaille directement ou indirectement dans l’agriculture, on mesure la portée de ces innovations.

Ce sont des solutions conçues en Afrique, développées par des Africains et adaptées aux réalités africaines. Contrairement aux plateformes mondiales généralement standardisées, notre objectif n’est pas seulement de fournir une technologie, mais de garantir qu’elle soit réellement utilisée et qu’elle produise un impact mesurable.

Votre activité est fortement réglementée. Comment vous conformez-vous aux exigences des différents pays où vous opérez ?

Dans chaque pays où nous opérons, nous devons disposer d’une existence juridique locale, ainsi que des autorisations et des licences nécessaires. Au Sénégal, par exemple, nous travaillons sous le contrôle de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes, l’ARTP. Chaque marché possède son propre régulateur et ses propres exigences.

Nous obtenons donc les licences nécessaires dans chacun des pays où nous sommes présents. Cela représente un investissement important, mais aussi une contribution directe au développement économique local. Une fois ces autorisations obtenues, nous pouvons collaborer avec les opérateurs télécoms du pays.

Les opérateurs télécoms voient-ils LAfricaMobile comme un concurrent ou comme un partenaire ?

Très clairement comme un partenaire. Nous n’intervenons pas au même niveau de la chaîne de valeur. Les opérateurs construisent et exploitent les infrastructures de télécommunications. Notre rôle consiste à développer les services, les usages et les solutions qui s’appuient sur ces infrastructures.

Nous contribuons à générer davantage de trafic, d’usages et de revenus pour leurs réseaux. Autrement dit, nous aidons les opérateurs à mieux valoriser leurs investissements. Notre activité est donc complémentaire de la leur.

Peut-on dire que LAfricaMobile est devenue un opérateur télécom ?

Pas exactement. Nous nous définissons plutôt comme un agrégateur de services numériques et mobiles. Nous ne remplaçons pas les opérateurs télécoms : nous utilisons leurs infrastructures pour développer des solutions innovantes destinées aux entreprises, aux administrations et aux citoyens.

Notre mission est de faire le lien entre les infrastructures télécoms et les besoins concrets des utilisateurs finaux. Cette position nous permet d’innover rapidement tout en restant concentrés sur la création de valeur pour nos clients.

Pourquoi la constitution de données africaines est-elle devenue un enjeu stratégique pour l’intelligence artificielle et la souveraineté numérique du continent ?

Les systèmes d’intelligence artificielle se nourrissent de données. Si celles-ci proviennent essentiellement d’autres régions du monde, nous risquons de voir émerger des outils incapables de comprendre les réalités africaines.

Toute intelligence artificielle fonctionne à partir d’un contexte. Si elle ne comprend pas nos réalités économiques, sociales, linguistiques et culturelles, elle ne pourra pas produire des réponses réellement pertinentes pour nos populations.

C’est pourquoi nous accordons une importance particulière à la constitution de données africaines, à la numérisation des langues africaines et à la contextualisation des contenus. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu économique, mais aussi d’un enjeu de souveraineté technologique.

Si nous voulons prendre part à cette nouvelle révolution numérique, nous devons contribuer activement à la production des données qui façonneront l’intelligence artificielle de demain. Cette mission est désormais au cœur de la stratégie de LAfricaMobile.

Vous avez récemment lancé Yela, l’eSIM de LAM. Qu’apporte cette innovation aux utilisateurs ?

Yela est née d’un problème très simple auquel sont confrontés quotidiennement des millions d’Africains. Lorsqu’un voyageur quitte son pays, il doit trouver une carte SIM locale, comprendre les offres disponibles, gérer les coûts d’itinérance et parfois faire face à des problèmes de connectivité dès son arrivée.

Nous avons voulu simplifier cette expérience. Yela n’est pas une carte SIM physique, mais une solution entièrement dématérialisée qui fonctionne grâce à un QR code. L’utilisateur achète son forfait en ligne, active son profil eSIM et bénéficie d’une connexion dans plus de 190 pays. L’objectif est de permettre à chacun de voyager en restant connecté comme s’il disposait d’une carte SIM locale.

Quels publics peuvent le plus bénéficier de Yela ?

Les usages sont nombreux. Je pense d’abord aux entrepreneurs, aux cadres et aux dirigeants qui voyagent régulièrement en Afrique et au-delà, ainsi qu’aux commerçants transfrontaliers qui circulent quotidiennement entre plusieurs pays.

Les pèlerinages religieux représentent également un usage important. Chaque année, des milliers de Sénégalais se rendent à La Mecque, à Médine, à Fès, à Rome ou dans d’autres lieux de spiritualité. Ils ont besoin de rester en contact avec leur famille, leurs proches et leurs activités professionnelles.

Yela répond précisément à ce besoin. Plus largement, la connectivité doit devenir un service simple et accessible, et non une source permanente de contraintes.

Cette croissance a nécessité des investissements importants. Vous avez bénéficié de l’accompagnement de business angels, d’institutions sénégalaises et de fonds d’investissement, avant de clôturer une série A de 6,5 millions d’euros, soit 7 millions de dollars. Pouvez-vous revenir sur cette trajectoire ?

Depuis le premier jour, notre mission est restée la même : aider les entreprises africaines à interagir efficacement avec leurs clients par l’intermédiaire du téléphone mobile. Notre ambition a toujours été panafricaine.

Nous avons commencé modestement au Sénégal avec les ressources personnelles des cofondateurs. Durant plusieurs années, nous avons fonctionné en autofinancement, en nous concentrant sur la création de valeur et la validation de notre modèle économique. Nous avons traversé ce que beaucoup d’entrepreneurs appellent « la vallée de la mort », cette période pendant laquelle l’entreprise doit démontrer sa pertinence avant de pouvoir attirer des investisseurs.

Nous avons ensuite réalisé une première levée de fonds. Parmi les partenaires figuraient notamment l’Agence française de développement, la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes, ainsi que plusieurs business angels. Cette étape a constitué un tournant majeur. Elle a montré qu’un projet africain pouvait rassembler des investisseurs institutionnels, privés et internationaux autour d’une même vision.

Vous avez ensuite réalisé une levée d’amorçage en 2020 ?

Effectivement. En 2020, nous avons procédé à un nouveau tour de table avec un fonds d’investissement spécialisé dans les entreprises technologiques à fort potentiel de croissance. Cette opération nous a permis d’accélérer considérablement notre développement régional.

Nous avons renforcé notre présence en Afrique de l’Ouest francophone, puis poursuivi notre expansion vers l’Afrique centrale. Très rapidement, nos clients nous ont demandé de les accompagner au-delà du Sénégal, notamment en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Congo, au Gabon, au Rwanda et en République démocratique du Congo. Nous avons suivi leurs besoins.

Cette trajectoire a préparé la clôture, en 2024, de notre série A de 6,5 millions d’euros, soit 7 millions de dollars. Aujourd’hui, nous sommes présents dans dix-huit marchés africains et nous poursuivons cette dynamique d’expansion.

Comment utilisez-vous concrètement les financements levés ?

L’essentiel des ressources est consacré à trois priorités. La première est l’expansion géographique. Lorsqu’une entreprise développe un produit au Sénégal, elle doit pouvoir le déployer rapidement dans plusieurs pays sans reconstruire toute son infrastructure de communication. Nous facilitons cette démarche grâce à une couverture panafricaine cohérente.

La deuxième priorité est le développement technologique. Nous investissons massivement dans nos plateformes, dans les solutions fondées sur l’intelligence artificielle, dans les langues africaines et dans l’amélioration continue de nos services.

Enfin, nous investissons fortement dans le capital humain. La qualité de nos équipes reste le principal moteur de notre croissance.

Votre ambition demeure donc continentale ?

Absolument. Nous sommes aujourd’hui présents dans dix-huit pays, mais l’Afrique compte plus de cinquante États. Nous considérons que nous sommes encore au début du voyage.

Notre objectif est qu’un entrepreneur basé à Nairobi, Tunis, Casablanca, Lagos ou au Cap puisse, grâce à LAfricaMobile, communiquer instantanément avec ses clients partout sur le continent. Nous voulons contribuer à construire une Afrique plus connectée, plus intégrée et plus fluide dans ses échanges.

Vous participez régulièrement aux grands salons internationaux, aux forums technologiques et aux rencontres d’investisseurs, notamment au GITEX. Avez-vous toujours le même appétit qu’à vos débuts pour les partenariats et les financements ?

Absolument. Pour nous, ces événements représentent bien plus que des occasions commerciales ou financières. Ce sont avant tout des espaces d’écoute et d’apprentissage.

Les innovations les plus pertinentes naissent souvent de l’observation des besoins réels des utilisateurs. Ces rencontres nous permettent de comprendre les nouvelles attentes du marché, d’identifier les tendances émergentes et d’anticiper les évolutions futures.

C’est notamment grâce à ces échanges que nous avons développé certaines de nos innovations les plus importantes, comme l’intégration des langues africaines dans nos solutions ou l’utilisation de l’intelligence artificielle pour améliorer l’expérience client. Dans un monde où les technologies évoluent extrêmement vite, une entreprise qui cesse d’écouter ses clients et son environnement risque d’être rapidement dépassée.

Vous défendez des technologies conçues en Afrique et pour l’Afrique, ainsi que la souveraineté numérique du continent. À quoi souhaitez-vous que ressemble LAM à l’horizon 2030 ?

La transformation numérique de l’Afrique est déjà en marche. Elle n’est pas un luxe : elle répond à des besoins réels et à des défis structurels. L’exemple du mobile money est particulièrement révélateur. L’Afrique est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux dans ce domaine, non par effet de mode, mais parce qu’une grande partie de la population n’avait pas accès aux services bancaires traditionnels.

Les solutions de paiement mobile ont répondu à cette réalité. Elles ont démontré que l’on pouvait concevoir des innovations adaptées aux besoins spécifiques du continent, puis inspirer le reste du monde. Nous pensons que cette dynamique peut se reproduire dans de nombreux autres secteurs.

Notre ambition est claire : faire de LAfricaMobile un acteur majeur de la numérisation des services en Afrique. Nous voulons simplifier les interactions entre les organisations et leurs publics, améliorer l’accès aux services essentiels et accélérer l’inclusion numérique.

À l’horizon 2030, nous souhaitons être reconnus comme un acteur incontournable de cette transformation. Nous espérons jouer, à l’échelle africaine, un rôle comparable à celui qu’ont joué Microsoft, Apple, Amazon ou Alibaba dans leurs écosystèmes respectifs. L’Afrique a besoin de ses propres champions technologiques et nous voulons participer à leur émergence.

Lorsque de jeunes entrepreneurs africains vous considèrent comme un modèle, quels sont les trois principaux conseils que vous leur donnez ?

Le premier conseil est d’écouter attentivement leurs clients. Trop d’entrepreneurs développent des solutions sans prendre suffisamment le temps de comprendre les besoins réels des utilisateurs. L’écoute, l’observation et la compréhension du terrain doivent toujours précéder la technologie. Avant de construire une solution, il faut s’assurer que le problème existe réellement et qu’il mérite d’être résolu.

Le deuxième conseil est de s’attaquer à des problèmes importants. L’Afrique fait face à des défis majeurs dans l’éducation, l’agriculture, la santé, les services financiers, l’administration ou l’accès à l’information. Les occasions d’innover sont immenses. Les entrepreneurs africains doivent concentrer leur énergie sur des problématiques à fort impact social et économique. Lorsqu’une innovation répond concrètement à un problème réel, elle crée naturellement de la valeur.

Le troisième conseil est de rester passionné. Ma passion pour l’Afrique et pour l’innovation technologique constitue ma principale source de motivation. Beaucoup des défis auxquels nous sommes confrontés peuvent être résolus grâce à la technologie, à condition d’y consacrer suffisamment d’énergie, de créativité et de persévérance.

L’entrepreneuriat est un parcours exigeant. Il faut traverser les périodes difficiles, rebondir après les échecs et continuer à avancer malgré les obstacles. La passion est souvent ce qui permet de tenir dans la durée.

Vous avez d’ailleurs participé à un TEDx. La passion semble être l’un de vos moteurs essentiels.

Effectivement. La passion est indispensable lorsqu’on porte une vision ambitieuse. Elle donne l’énergie nécessaire pour avancer, convaincre, construire et persévérer.

Malick Diouf, merci.

Merci à vous pour l’invitation. C’était un plaisir de partager cette expérience et cette vision de l’innovation africaine.

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