COMECA Mauritanie : Moulaye Jeddou dévoile ses ambitions dans la fabrication mécanique et la maintenance industrielle
En Mauritanie, COMECA entend renforcer ses capacités industrielles pour accompagner le développement du secteur minier et énergétique. Filiale du groupe SNIM, l’entreprise intervient dans la fabrication mécanique, la maintenance industrielle et la réalisation de projets clés en main.
Dans cet entretien accordé à MarcoPolis, Moulaye Jeddou, directeur général de COMECA, présente les projets d’investissement de l’entreprise, notamment la fabrication de rouleaux pour convoyeurs et de caisses de wagons minéraliers.
Il revient également sur les réalisations de COMECA, ses ambitions de diversification commerciale, les besoins en formation technique et les perspectives de développement industriel en Mauritanie.

Interview avec le directeur général de COMECA
Créée en mars 1996, COMECA célèbre ses trente ans en 2026. Comment décririez-vous sa transformation, son positionnement dans l’industrie mauritanienne et la mission que vous souhaitez lui donner au sein du groupe SNIM ?
En trente ans, COMECA a élargi son savoir-faire dans la fabrication mécanique, la maintenance et la réalisation de projets industriels clés en main. Notre mission est d’accompagner la performance de la SNIM, tout en répondant aux besoins d’autres secteurs.
Les compétences que nous avons acquises pour répondre aux exigences de la SNIM peuvent également bénéficier à d’autres clients. Aujourd’hui, nous voulons consolider notre place dans l’industrie mauritanienne en développant la production locale et en nous appuyant sur des employés très qualifiés.
Votre offre couvre notamment l’usinage, la fabrication d’ensembles mécanosoudés, l’ingénierie des structures, les projets clés en main et le rebobinage de moteurs. Quelles activités constituent le cœur de votre savoir-faire et quels sont vos avantages concurrentiels face à un fournisseur ou à un atelier de maintenance étranger ?
Le cœur de métier de COMECA associe l’usinage de précision, la fabrication mécanosoudée, la réparation d’équipements lourds et les interventions sur les engins miniers directement sur les sites de nos clients. Le rebobinage des moteurs basse tension constitue également une activité importante. Ces moteurs peuvent
être à l’origine d’arrêts et d’indisponibilités dans de nombreuses usines. Leur donner une deuxième vie à proximité des sites d’exploitation représente donc un gain considérable.
Notre force est de réunir ces compétences au plus près de nos clients, avec une très bonne connaissance de leurs contraintes. Cette proximité favorise des interventions adaptées au contexte et permet un suivi direct, depuis l’étude jusqu’à la mise en service. C’est ce qui fait aujourd’hui la force de COMECA.
Quels sont les projets ou les réalisations dont vous êtes le plus fier ces dernières années ? Pour quels clients ont-ils été menés et quels bénéfices apportent-ils en matière de disponibilité des équipements, de délais et de coûts ?
Notre principal client est naturellement la SNIM. Je citerais d’abord la réparation des caisses de wagons minéraliers. Ces wagons assurent le transport du minerai sur environ 700 kilomètres, depuis la mine jusqu’au port minier, où il est exporté. Leur disponibilité est essentielle pour soutenir la production et la performance de la SNIM.
Nous réparons en moyenne environ 200 caisses de wagons par an, pour un parc de 1 400 wagons à la SNIM. À ce jour, nous avons déjà réparé plus de 900 caisses de wagons qui sont aujourd’hui en circulation et participent au transport des 15 millions de tonnes de minerai de la SNIM.
Le rebobinage des moteurs est une autre réalisation dont nous sommes très fiers. Une usine peut s’arrêter à cause d’un seul moteur. Faire fabriquer un moteur neuf demande du temps, tandis qu’une réparation réalisée à proximité permet de réduire les délais. Nous réparons actuellement jusqu’à 1 000 moteurs par an. Cette intervention leur donne une deuxième vie, pour un coût représentant environ 40 % du prix d’un moteur neuf.
Nous avons également développé notre présence dans le secteur des hydrocarbures. COMECA a réalisé sept bacs de stockage pour le kérosène et l’essence, ainsi que trois kilomètres de canalisations pour le fioul et le gasoil. Nous réalisons actuellement, clés en main, un dépôt d’hydrocarbures à Zouerate afin de contribuer à l’autonomie de la ville en gasoil et en essence.
Ces réalisations illustrent notre capacité à traiter localement des besoins essentiels à l’exploitation de nos clients, à remettre leurs équipements en service et à prolonger leur durée d’utilisation. Notre présence de proximité permet également d’assurer un suivi régulier sur place.
Quelle place la SNIM occupe-t-elle dans les activités de COMECA ? Quels autres clients et secteurs souhaitez-vous développer, et quels sont les principaux obstacles à une croissance commerciale plus rapide ?
La SNIM reste notre principal client, mais elle constitue aussi un appui majeur pour notre développement. Il faut rappeler qu’elle regroupe plusieurs utilisateurs internes : les mines, les activités ferroviaires, les projets et les usines de transformation. Chacun possède ses spécificités, ses besoins et ses exigences techniques. Nous répondons donc à une diversité de besoins au sein d’un même groupe.
Nous avons également travaillé avec d’autres clients dans le secteur des hydrocarbures, notamment la GIP, qui connaît une forte croissance et réhabilite ses dépôts de stockage à Nouadhibou. Les trois kilomètres de canalisations que j’ai évoqués ont été réalisés dans ce cadre, et des travaux sur les dépôts sont en cours. Nous avons aussi réalisé des infrastructures d’atelier industriel pour la ATTM.
Nous avons également travaillé avec FLSmidth sur un projet de reprise du minerai à la SNIM. Dans ce cadre, COMECA a fabriqué dans ses ateliers un kilomètre et demi de convoyeurs.
Nous souhaitons renforcer notre présence auprès d’autres opérateurs miniers, ainsi que dans l’énergie, le gaz, le pétrole et les infrastructures de manière générale. Cette croissance exige toutefois une meilleure visibilité sur les commandes, des financements adaptés à l’achat de nos matières premières et une amélioration de la performance dans le cycle de réalisation de nos projets.
À Expo Mauritanie 2026, la SNIM a mis en avant COMECA et SAFA pour promouvoir les capacités nationales de fabrication de pièces industrielles. Jusqu’où la production locale peut-elle se substituer aux importations, et quel rôle COMECA peut-elle jouer dans la structuration d’une chaîne de sous-traitance nationale ?
La substitution aux importations peut progresser sur les produits et les services pour lesquels nous sommes en mesure de garantir la qualité, les délais et la compétitivité. Je ne peux pas donner aujourd’hui de chiffres sur la substitution aux importations à l’échelle du pays. En revanche, les pièces usinées, les ensembles mécanosoudés et les réparations industrielles offrent des possibilités concrètes.
COMECA peut contribuer à structurer autour d’elle un réseau de sous-traitants nationaux en leur confiant une partie de sa charge de travail. Cela suppose de bien choisir ces partenaires et de leur attribuer des travaux adaptés à leurs capacités, tout en maintenant les exigences des clients finaux.
Nous sommes disponibles pour les accompagner vers les standards des grands donneurs d’ordre avec lesquels nous travaillons. Cet accompagnement peut contribuer à créer un environnement industriel local, à renforcer les compétences des sous-traitants et à élever leur niveau technique, avec pour objectif une meilleure satisfaction de nos clients.
Quels investissements et quelles évolutions technologiques sont prioritaires pour COMECA ? Comment formez-vous et fidélisez-vous vos techniciens et vos ingénieurs, et quels résultats attendez-vous en matière de productivité et de qualité ?
Parmi nos investissements prioritaires figure le projet de fabrication de rouleaux pour les bandes de convoyeurs. Il est prévu pour la SNIM, mais cette offre sera également ouverte aux autres opérateurs miniers qui en ont besoin, qu’il s’agisse de mines d’or, d’uranium ou de fer.
Un autre projet, dont l’étude est bien avancée, concerne la fabrication de caisses de wagons. Nous souhaitons également développer le rebobinage des moteurs basse tension pour Tasiast et pour d’autres opérateurs miniers.
Nous voulons accompagner ces investissements par la formation pratique, la transmission du savoir-faire et des perspectives d’évolution pour nos techniciens et
nos ingénieurs. Notre capital humain est essentiel et constitue la clé de notre réussite. Notre objectif est de fidéliser ces compétences, d’améliorer notre productivité et de garantir une qualité régulière.
En juillet 2026, la SNIM a annoncé un partenariat avec la Société financière internationale pour accompagner sa stratégie de développement 2024-2045. Quelle place COMECA ambitionne-t-elle de prendre dans cette nouvelle phase de développement, et quelles sont vos trois priorités pour les cinq prochaines années ?
Nous voulons accompagner la croissance de la SNIM et, plus largement, les nouveaux investissements industriels en Mauritanie. Nos trois priorités sont de développer nos capacités de fabrication, notamment nos équipements et nos moyens de production, de nouer des partenariats techniques favorisant un transfert de compétences de haut niveau et de diversifier durablement notre clientèle en Mauritanie, avec la possibilité de nous ouvrir à l’export. Notre ambition est de poursuivre une croissance rentable et maîtrisée, qui renforce la place de COMECA dans les projets miniers de la SNIM ainsi que dans les projets énergétiques et industriels du pays.